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L’art de l'assemblage

Les feuilles sont maintenant prêtes. Reste à les assembler.

C’est à ce moment-là que commence une autre étape essentielle dans la naissance d’un cigare : celle de l’assemblage.

Une feuille, aussi belle soit-elle, ne fait pas un cigare à elle seule. Il faut trouver comment plusieurs tabacs vont se répondre, se compléter, parfois se tempérer.

Un peu comme dans le vin, où l’assemblage ne consiste pas simplement à réunir de bons cépages, mais à rechercher un équilibre.

Pour Monte-Carlo Club, nous savions assez précisément ce que nous voulions.

Un cigare medium-full, avec du caractère mais sans agressivité. Une combustion lente. Un tirage régulier. Une identité nicaraguayenne présente, mais sans excès de puissance.

Nous cherchions surtout un cigare équilibré, que l’on puisse apprécier du début à la fin sans rupture.

Trouver la bonne direction

La création du blend a demandé plusieurs séjours, plusieurs jours de dégustation et beaucoup d’essais.

C’est aussi là que l’expérience d’un homme comme Victor Calvo devient essentielle. Nous aimons parfois le décrire comme un œnologue du cigare.

Il connaît ses terres, ses feuilles, leur force, leur comportement à la combustion et la manière dont elles évoluent lorsqu’on les associe.

Dans sa plantation pousse notamment le Criollo utilisé pour la tripa de nos cigares.

Mais connaître une bonne feuille ne suffit pas. Encore faut-il savoir avec quoi l’associer.

Nous avons goûté de nombreux essais, parfois très éloignés de ce que nous recherchions. Nous avons même testé des cigares aromatisés au chocolat ou à la vanille, auxquels ces saveurs sont ajoutées. Cela peut surprendre, mais c’est aussi l’un des intérêts d’une manufacture qui maîtrise sa matière première : toutes les feuilles n’ont pas la même destination.

Les plus belles sont réservées aux assemblages premium. D’autres peuvent être utilisées pour des productions aux profils différents, notamment des cigares aromatisés.

L’important est de savoir reconnaître le potentiel de chaque feuille et de lui donner la bonne destination.

Une question d’équilibre

Dans un cigare, plusieurs éléments travaillent ensemble.

La tripa forme le cœur du cigare. La sous-cape maintient l’ensemble. La cape vient envelopper le tout.

Mais derrière cette description très simple se cache une multitude de choix.

Chaque feuille possède sa personnalité.

Certaines peuvent apporter de la force. D’autres davantage de rondeur, de combustion ou de complexité.

Le travail du blender consiste alors à faire en sorte qu’aucune ne prenne inutilement le dessus sur les autres. C’est probablement là que la comparaison avec le vin prend tout son sens.

Un bon assemblage ne cherche pas forcément à faire entendre chaque élément séparément. Il cherche à créer un ensemble cohérent.

La terre du Nicaragua

Au fil des dégustations, certaines sensations se sont imposées.

Le café, notamment.

Mais aussi cette note plus difficile à décrire, que certains amateurs suisses qualifient parfois de « poussiéreuse ». Une sensation de terre sèche, chaude, presque minérale.

Quelque chose de très lié au sol, au climat, à l’origine du tabac.

Cette expression nous intéressait particulièrement parce qu’elle racontait quelque chose du Nicaragua.

De la même manière qu’un amateur de Graves peut aimer retrouver dans un vin une expression de la terre bordelaise, nous voulions que notre cigare conserve quelque chose de son terroir.

Nous n’avons pas cherché à provoquer artificiellement ces arômes.

Nous les avons reconnus au fil des essais.

Et lorsque nous les retrouvions, nous savions que nous avancions dans la bonne direction.

Le choix de la cape

La cape devait elle aussi répondre à des critères très précis.

Nous avons choisi une Ecuador Habano pour deux raisons.

La première était visuelle.

Nous voulions cette teinte bois légèrement marbrée qui participe aujourd’hui à l’identité des Monte-Carlo Club.

La seconde était plus technique. Les feuilles de cape équatoriennes peuvent atteindre de belles dimensions et présenter moins de nervures marquées.

Cela permet d’obtenir une enveloppe plus régulière et contribue à une combustion plus homogène.

Car dans un cigare, l’esthétique, le goût et la construction sont intimement liés.

Une belle feuille doit aussi bien se comporter.

Un même assemblage, plusieurs expériences

Le blend Monte-Carlo Club reste le même à travers nos différentes vitolas.

Pourtant, un Short Robusto, un Robusto, un Toro ou un Churchill ne se dégustent pas de la même manière.

Le diamètre du cigare, sa longueur et le rapport entre la cape et la quantité de tripa modifient naturellement la perception de l’assemblage.

Le profil reste reconnaissable.

Mais l’expérience évolue.

C’est aussi ce qui rend le cigare intéressant : un même assemblage peut révéler des nuances différentes selon le format dans lequel il s’exprime.

Après les mois passés à faire sécher, fermenter puis vieillir les feuilles, après les essais et les dégustations, l’assemblage donne enfin une direction au cigare.

Les feuilles ont maintenant trouvé leur place.

Reste à leur donner forme.

Ce sera notre prochaine histoire.

Par Maxime Navarre Fondateur de Monte-Carlo Club®