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Le temps fait son oeuvre

Dans la manufacture, les feuilles sont partout. Certaines viennent d’arriver, d’autres sont là depuis des mois.

Et quelques-unes depuis plusieurs années.

Une feuille fraîchement récoltée n’est pas encore une matière que l’on peut confier à un torcedor.

  • Elle doit sécher.
  • Fermenter.
  • Reposer.

Et surtout… elle doit attendre.

Cette notion de temps est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre.

Parce qu’ici, le temps ne se compte pas en semaines.

Comme pour un bon vin, un bon armagnac ou un whisky, il se compte en années.

Le pilon

Après le séchage commence notamment le travail de fermentation.

Les feuilles sont regroupées en grandes piles que l’on appelle des pilones.

Le phénomène est naturel.

Sous le poids des feuilles et l’effet de l’humidité, la température monte progressivement au cœur de la pile.

La fermentation commence.

Mais naturel ne veut pas dire que l’on laisse faire.

Un pilon demande une surveillance constante.

La température doit être contrôlée. L’humidité surveillée. Les feuilles inspectées.

Lorsque cela est nécessaire, le pilon est défait.

Les feuilles sont sorties, aérées, manipulées et retournées.

Celles qui étaient au cœur de la pile peuvent être déplacées vers l’extérieur, et inversement, afin que toutes connaissent une fermentation aussi homogène que possible.

Puis le pilon est reconstitué.

Et le processus recommence.

Encore et encore.

Pendant des mois.

C’est un travail patient, physique et extrêmement attentif. Car une température trop élevée, une humidité mal maîtrisée ou une fermentation irrégulière peuvent altérer des feuilles auxquelles on a déjà consacré beaucoup de temps.

L’objectif n’est donc surtout pas d’accélérer le processus.

Au contraire.

Il faut accompagner la feuille et lui laisser le temps de faire son travail.

Progressivement, elle se transforme.

Elle perd une partie de sa rudesse et de son amertume. L’ammoniaque produit pendant la fermentation s’élimine progressivement.

Les arômes, eux, évoluent.

La feuille que l’on ressort n’est déjà plus celle que l’on avait mise en pilon.

Trois ans. Parfois cinq.

Toutes les feuilles ne vieillissent pas de la même manière.

Leur fonction dans le cigare, leur origine, leur puissance ou encore leur évolution déterminent le temps dont elles auront besoin.

Pour les tabacs qui composent la tripe de nos Monte-Carlo Club®, nous travaillons avec des feuilles ayant vieilli trois ans en moyenne, certaines pouvant atteindre cinq ans.

Trois années pendant lesquelles elles occupent de l’espace.

Doivent être contrôlées.

  • Manipulées.
  • Surveillées.
  • Conservées dans de bonnes conditions.

C’est une dimension du cigare dont on parle finalement assez peu.

Un stock de tabac n’est pas simplement un stock.

Ce sont plusieurs années de travail et de capital qui attendent patiemment dans un entrepôt.

Avec, derrière cette attente, des hommes qui continuent à surveiller et à travailler les feuilles.

Dans ce métier, vouloir gagner du temps finit souvent par en faire perdre.

Une tradition que Cuba connait bien

Cette culture du vieillissement n’est évidemment pas propre au Nicaragua.

À Cuba, elle appartient depuis longtemps à la fabrication des grands Habanos.

Les feuilles les plus puissantes destinées à la tripe connaissent elles aussi de longues périodes de fermentation et de vieillissement.

Certaines sont même mises de côté pendant plusieurs années pour des productions particulières.

Le temps n’ajoute rien artificiellement au produit.

Il permet simplement à ce qui est déjà là de se révéler.

C’est probablement la meilleure manière de comprendre ce que nous recherchons avec nos tabacs.

Puis vient le torcedor

Après plusieurs années, les différentes feuilles peuvent enfin être sélectionnées pour composer la liga.

L’assemblage.

C’est à ce moment que commence véritablement la construction du cigare.

Pour Monte-Carlo Club®, notre tripe est composée de tabacs Habano du Nicaragua. La cape Habano et la sous-cape proviennent d’Équateur.

Chaque feuille a un rôle.

Chaque origine apporte quelque chose.

Le torcedor peut alors réaliser ce geste que l’on associe immédiatement au cigare : assembler les feuilles et rouler la vitole.

On pourrait penser que l’histoire s’arrête là.

Pas tout à fait.

Encore six mois

Un cigare qui vient d’être roulé n’est pas encore un cigare prêt à être dégusté.

Les différents tabacs viennent d’être réunis.

Ils doivent maintenant apprendre à vivre ensemble.

Nos cigares retournent donc au repos pendant environ six mois.

Durant cette dernière maturation, les arômes des différentes feuilles commencent à se fondre et l’assemblage trouve progressivement son équilibre.

Le temps nécessaire peut légèrement varier selon les modules.

Un Churchill et un Robusto ne réagissent pas exactement de la même manière.

Là encore, il faut observer et sentir…

Et attendre.

Lorsque j’allume aujourd’hui un Monte-Carlo Club®, je pense à tout cela.

Au champ.

À la récolte.

Aux pilones.

Aux hommes qui les surveillent et retournent les feuilles.

Aux années de maturation.

Aux mains du torcedor.

Puis à ces derniers mois de repos.

Entre la feuille dans le champ et le cigare que nous tenons entre nos doigts, plusieurs années peuvent s’être écoulées.

On parle beaucoup du terroir lorsqu’on parle de cigare.

Des graines.

Du climat.

Du savoir-faire des hommes.

Mais il existe un autre ingrédient.

Invisible.

Impossible à remplacer.

Le temps.

Ces feuilles sont maintenant prêtes. Reste à les assembler.

Ce sera notre prochaine histoire.

Par Maxime Navarre co-Fondateur des cigares Monte-Carlo Club®


Ces feuilles sont maintenant prêtes. Reste à les assembler.

Ce sera notre prochaine histoire.